Levez les yeux dans une ruelle des Mées ou de Lurs : sous le bord des toits, vous verrez ces rangées de tuiles rondes superposées et noyées dans le mortier, qui avancent en escalier au-dessus de la façade. Ce sont les génoises, l’un des éléments les plus caractéristiques de l’architecture provençale.
On les regarde souvent comme un simple décor. Elles ont pourtant un vrai rôle technique, et leur état conditionne directement la santé de la façade et du bas de la toiture. Voici ce qu’il faut savoir pour les comprendre, les surveiller et les entretenir correctement.
Qu’est-ce qu’une génoise ?
Une génoise est une corniche constituée de tuiles canal et de mortier, construite en encorbellement au sommet du mur, sous l’égout du toit. Chaque rang déborde un peu plus que celui du dessous. Les tuiles sont posées la face creuse visible, remplies ou non de mortier, et alternent parfois avec des rangs de briques plates ou de carreaux de terre cuite.
On compte généralement un, deux ou trois rangs, parfois davantage sur les bâtisses importantes. La tradition veut que le nombre de rangs reflète l’aisance du propriétaire d’origine : c’est une jolie histoire qu’on raconte volontiers, même si la réalité a dû être plus nuancée selon les villages et les époques.
Son rôle : éloigner l’eau de la façade
Sur une maison provençale traditionnelle, il n’y avait souvent pas de gouttière. L’eau du toit tombait directement depuis le bord des tuiles. La génoise, en faisant déborder la couverture de plusieurs dizaines de centimètres, projetait cette eau loin du mur. Elle protégeait ainsi l’enduit à la chaux et la maçonnerie de pierre des ruissellements.
Elle remplit aussi d’autres fonctions :
- elle sert d’appui à la première rangée de tuiles, à l’égout ;
- elle ferme l’espace entre le haut du mur et la couverture, contre le vent et les oiseaux ;
- elle apporte une ombre bienvenue sur le haut de la façade en été ;
- elle donne à la maison son caractère, et les règles d’urbanisme de nombreux centres anciens demandent de la conserver.

Les désordres les plus fréquents
Le mortier qui se délite
Avec le temps, les pluies battantes et surtout les cycles de gel et de dégel, le mortier entre les tuiles se creuse et s’effrite. Les tuiles se déchaussent, puis tombent. C’est le problème le plus courant, et le plus dangereux dans une ruelle où passent des piétons.
Les tuiles cassées
Une tuile de génoise fendue laisse l’eau pénétrer dans le cœur de la corniche, qui se dégrade de l’intérieur.
La végétation
Figuiers sauvages, herbes et mousses s’installent volontiers dans les creux humides de la génoise. Leurs racines écartent les tuiles et fissurent le mortier.
Les gouttières mal fixées
Quand on a ajouté une gouttière après coup, ses crochets ont parfois été enfoncés directement dans la génoise. Ils créent des fissures, et une gouttière qui déborde déverse son eau pile sur la corniche.
Un défaut de génoise se voit depuis la rue
Des traces sombres sous la corniche, des morceaux de mortier sur le trottoir ou un enduit qui cloque en haut de façade sont souvent les premiers signes d’une génoise qui ne joue plus son rôle. N’attendez pas qu’une tuile tombe.
Comment entretenir une génoise
L’entretien courant consiste à inspecter la corniche tous les quelques ans, idéalement à l’occasion d’un passage sur le toit, à arracher la végétation avant qu’elle ne s’enracine et à reprendre les joints qui commencent à se creuser. Le mortier doit rester à base de chaux, compatible avec les matériaux anciens. Un mortier de ciment, trop dur et imperméable, fissure la terre cuite et emprisonne l’humidité.
Quand plusieurs tuiles sont descellées ou cassées, nous déposons la partie abîmée, récupérons les tuiles saines et reconstruisons au mortier de chaux, en respectant le nombre de rangs et le dessin d’origine. Notre page dédiée aux rives et génoises présente ce travail en détail.
Génoise et rénovation de toiture
Quand on refait une toiture en tuile canal, la génoise doit être prise en compte dès le départ. Si la couverture est surrélevée par une isolation par l’extérieur ou des plaques support, il faut ajuster le raccord à l’égout pour que la génoise reste visible et continue de jouer son rôle. C’est un point que nous traitons systématiquement lors d’une rénovation en tuile canal.
Si vous souhaitez ajouter une gouttière, elle doit être fixée de façon à ne pas abîmer la corniche, avec des crochets posés sous les tuiles et non plantés dans le mortier. Nos travaux de zinguerie intègrent cette contrainte.
Faut-il remplacer une génoise très abîmée ?
Remplacer intégralement une génoise ancienne reste exceptionnel. Dans la majorité des cas, une restauration partielle suffit, en conservant le maximum de tuiles d’origine pour garder la patine. Une reconstruction complète ne s’impose que lorsque la corniche menace de tomber sur toute sa longueur ou que le haut du mur doit être repris. Même dans ce cas, on la reconstruit à l’identique, avec des tuiles anciennes de récupération si possible.
Vos questions
Peut-on peindre une génoise ?
Certaines génoises sont traditionnellement badigeonnées à la chaux, parfois de couleur. Évitez les peintures filmogènes qui emprisonnent l’humidité, et renseignez-vous en mairie dans les centres anciens.
Une génoise peut-elle provoquer une fuite ?
Indirectement, oui. Si elle se dégrade, l’eau pénètre dans le haut du mur et sous les premières tuiles, ce qui peut mouiller les pieds de chevrons.
Faut-il un échafaudage pour restaurer une génoise ?
Le plus souvent, oui, ou une nacelle. On travaille en façade, en hauteur, et il faut un poste de travail stable pour reconstruire proprement.


